Pourquoi avoir choisi la laque ?


St MAUR-des-FOSSES.Concours de peinture. Médaille d'argent de la Ville, 1961

« Moment de folie, d'inconscience ? Non : Moment de coup de foudre d'adolescente ! »

Un soir, lorsqu'à seize ans je suivais les cours pour préparer le concours d'entrée à l'École Nationale Supérieure des Arts Appliqués et Métiers d'Art; je n'avais alors jamais vu, ni entendu parler de laques. Pendant les pauses, je me promenais dans les couloirs de cette école et poussais les portes des ateliers pour m'imprégner de ces univers inconnus si séduisants. M'imaginant déjà reçue, élève... Ainsi, je pousse la porte de l'atelier Coromandel.

Dans la pénombre de ce soir d’hiver, quelques œuvres d'élèves accrochées au mur répondaient à la caresse des doigts de lumière de ce magique clair de lune... Quelle douceur ! C'était si beau !...Ce fut l’éblouissement, le choc, la révélation. Cet instant mit feu à ma vie... Je mesure ce bonheur d'avoir été choisie par elle. La laque est l'expression de la beauté à l'état pur, matière de rêve conçue pour le rêve, émergence de la sensualité existentielle.

Le fruit de sa si profonde beauté demeurant une perpétuelle conquête, je n'ai de cesse que de vouloir la séduire. Ainsi, je vous invite à plonger dans les greniers de l'imaginaire : il s'agit de faire chanter la lumière en elle. Il s'agit de faire entrer en correspondance les résonances naturelles de laisser à deviner, à parcourir.

Il s'agit d'offrir à l'imaginaire une silhouette, cette première voie à partir de laquelle nous nous perdrons avec délice pour tenter de pénétrer l’insondable. Je ne peints pas les hommes mais l'enveloppe originelle indissociable de l’homme : LA NATURE... offrons à son imaginaire ce moment de fusion... vibratile, intense, diffus, Offrons-lui la force de l’arbre, les effluves des feuilles mouillées, le ciel, les musiques du vent et du Loriot.

Offrons-lui le flottement du matin où l'on s'accorde cette brève parenthèse d’abandon, encore entre deux mondes... Et, surtout, offrons-lui l'eau source de vie : 

« L'âme de l'homme  est semblable à l’eau, elle vient du ciel et retourne au ciel ».

C'est votre si bouleversante composition, Monsieur Schubert :

«  Le chant des esprits au-dessus des eaux »...d'après votre poème, Monsieur Goethe :

« Âme de l’homme, comme tu ressembles à l’eau, destin de l’homme, comme tu retournes au vent... ».

Je ne vous peints pas, vous, les hommes, mais je peints votre âme. Je vous invite au voyage avec Monsieur Henri Duparc :

«  Mon enfant, ma sœur, songe à la douceur d'aller là-bas vivre ensemble... »

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